8h le matin me semble plus tôt un samedi   pas comme 8h en semaine   avant de te rencontrer j’aurais dû écrire 8h du soir   la fascination de la nuit m’était discipline   une des trois disciplines de cette période   ma fréquentation assidue presque quotidienne   de jean et de nico chez jean  ma consommation de bière kronenbourg   et l’herbe   je disais mes horaires de travail décalés   mes nuits constituées en journées    comme le fit par la suite un collègue qui poussa encore plus loin l’expérimentation du seuil de tolérance de nos employeurs   je ne sais pas si c’était raisonné chez lui   une fois il manqua une semaine sans répondre au téléphone   un autre soir rentrant d’allemagne à 22:30   je prends l’ascenseur depuis le parking souterrain   pour aller poser mes affaires et récupérer mon casque   l’ascenseur s’arrête au rdc et jlot entre très   très étonné de me voir ici à cette heure là   plus étonné que moi qui suis surtout amusé   on appelait jlot par son alias email   jlot   du nom du roi d’orcanie   le père de gauvain   jlot just like old times disent les américains   à cette époque les textes médiévaux m’étaient très présents et j’avais en tête la recommandation de la veuve dame à son fils perceval   car par le non conuist an l’ome   car par le nom on connaît l’homme   comme on ignore le nom de dieu   les horaires de jlot n’étaient jamais la mesure de l’homme   nous avons passé beaucoup de temps ensemble au travail et le soir en sortant du bureau nous allions boire de la bière et parler des femmes   et de la première fois que tu es partie   nous étions devenus amis par contact assidu   mais sa présence épisodique a fini par s’estomper après la fin de son contrat   il m’a envoyé quelques emails courts auxquels j’ai répondu sèchement   je l’ai revu plusieurs mois après   à la première projection du film documentaire d’un copain de fac sur un groupe de jazz de harlem    arrivé en retard pendant le générique de début   une placeuse m’indique dans le noir deux places au dernier rang   je fais chier quelques gus au passage et m’installe avec ma délicatesse habituelle   au bout d’un moment je mate à ma droite  le j lot  dé  lire  on a un peu discuté au vernissage   marine était assise juste devant moi je l’ai reconnue à ses cheveux si volumineux   elle a toujours beaucoup de mal à les loger dans ton casque de scooter   flore flora   on a quitté la soirée marine jlot deux autres et moi manger un grec dans une rue derrière l’entrepôt   j’ai croisé à cette projection beaucoup de monde que je n’avais pas vu depuis longtemps   agnezska m’a encore signifié mon devoir d’écriture   stéphane le garff habitait à poitiers un studio dans la même résidence que moi   on écoutait chez lui les cure et le rock indépendant de bernard lenoir sur france inter   de 9 à 10 après foulquier et avant le pop club âvec jooosééé arrrrthuuurr   stéphane goûtait peu la programmation musicale de foulquier mais respectait son travail   il venait de la rochelle   et avec lui la découverte que la recherche solitaire de disques est plus profondément satisfaisante que l’obéissance à l’ordre publicitaire   le choix des disques peu diffusés satisfait le désir d’avant-garde   la trop forte diffusion érode mon désir   et je ne peux m’empêcher d’y lire de la prostitution   ma période noctambule n’était pas d’une logistique facile   je me débrouillais pour ne pas trop croiser le jour   même en semaine   à partir du vendredi soir on passait en horaires de nuit   on croisait peu les vieilles qui promènent leur caniche et les couples leurs berceaux   je me souviens d’une photo que je n’ai pas prise un matin   une fin de nuit dans un café d’opéra avec marine   vers 6h30  juste après qu’un couple d’amoureux sous extasie s’est installé près de nous    devant une grande porte cochère   un groupe de jeunes gens ivres passait   un mec en tenue sortait courir et tenait la porte à   un vieil homme rentrait de faire pisser son chien    à nulle autre heure pareille scène à paris n’a tant d’humanité   l’heure où la vie est dans les anecdotes   l’avant et l’après   quand tout semble fini et quand tout va commencer   la mort avant la naissance   l’aube m’était une femme qui offre la fin sans le poids du début   mon plaisir à contre sens   j’aimais sortir le cheveu humide de la douche à l’heure où sous le porche on croise la mère de famille qui rentre pour ne plus sortir   ses commissions du week end à la main   je me souviens de cette rencontre insolite à vauville    beaucoup de monde autour de la table et moi au bout   ta mère a dit qu’elle n’avait jamais fumé de pétard   qu’elle aimerait bien essayer   et j’ai commencé à rouler l’herbe avec du vieux papier   le pétard a fait tout le tour de la table   et ta mère a mis avec le plus grand sérieux du dentifrice sur sa brosse à cheveux   disant que ça ne lui faisait rien   tu m’as fait visiter le jardin botanique de ton grand père   lieu de vacances paradisiaque où la bonbonnière était la tour du château   ta grand mère savait comment vous attirer dans sa chambre ta sœur et toi   mais ce que j’écris n’est pas ce pourquoi je me suis levé   sautant du lit te réveillant   dans ma précipitation d’aller pisser   pour écrire sans la pisse lourde sur mon ventre   j’ai fait tourner le contrevent persien de la chambre   qu’il laisse légèrement passer la lumière et adoucisse ton réveil    de la température et de l’intensité de la lumière qui filtre on peut déterminer l’état du temps   l’heure a passé le ciel s’est dégagé   et avant de paître d’un champ à l’autre de ma mémoire j’avais noté ceci   ma discipline de ne pas voir ailleurs qu’hui   pas d’autre promesse que le présent   j’aime ces promesses ténues ta précaution à mon égard   l’attention de ne pas m’effaroucher me touche   comme ta féminité dans le choix de ton nouveau casque hier après midi   selon un accord avec la couleur de tes yeux   un bleu gris mat sur lequel marquent les doigts posés   ce choix du bleu gris touche plus que le vol de nos casques  puis tu m’as dit devant le magasin   avoir lu cette lettre que je t’ai imprimée jusqu’à hier   tu m’as dit que je devais continuer   que tu comprenais que je comprenais   et toi parlant avec tes mots qui parlent peu   dont tu crains qu’ils ne parlent pas suffisamment   tu es mon ataraxie   la quiétude qui trouble mon angoisse