j’aime bien le mercredi   le mercredi   le début de fin de semaine   antonyme du lundi   le lundi de  ça va comme un lundi   petite phrase de bureau ou d’usine   qui fait l’assomption de sa véracité hors contexte individuel   d’être une expérience universelle   dont la formulation dit tout   et même un peu plus   ça va comme un lundi dépasse la notion de lutte des classes   c’est l’expression de l’éternel retour d’une fatalité commune   d’un phénomène périodique antérieur à l’expérience du locuteur   dans lequel le destinataire est inclus   à qui il est fait le cadeau d’intégration à l’universel   cadeau de confiance offert à celui qui mérite de comprendre ça   l’humanité qui chaque jour doit se lever chasser cueillir pour manger   protéger le feu   le mercredi plie la semaine de travail en deux   la semaine est alors à moitié pleine de temps linéaire   mais mes jours coulent plus vite après le mercredi   cette phrase elliptique riche en désespoir et avare sur l’avenir dit de ses modulations   que ça ne va pas   pudique sur la raison profonde   elle donne à entendre que chacun est à l’atonie le lundi   est-ce à cause d’un w/e décevant?   est-ce par ce que cette semaine encore comporte un lundi?   ou par ce qu’elle comporte un lundi et donc du travail?   est-ce le lundi absolu ou le lundi symbolique qui lassent?   les israëliens disent-ils ça va comme un dimanche?   pour qui le dimanche est un lundi comme les autres   et est-ce le début ou la fin qui fâchent?   celui qui est malheureux à la maison dit-il que çvcul?   ou dit-il à ses collègues de travail ça va comme un vendredi?   tout cela çvcul   en disant ce qu’il dit   ne le dit pas   cette phrase contraint à l’imagination   elle est un peu ce qu’elle déplore le plus souvent   elle est le travail   les lundis matins de couloir elle est la connivence

A: comment va?
B: çvcul
A hoche la tête

elle n’engage pas la conversation elle la termine   elle dit et toi t’es-tu demandé comment t’allais?   réfléchis tu verras ce que je veux dire   et le vertige de la vie en conscience   le regret d’avoir soi pour imagination   il reste à boire du café   — que dit ou que pense celui qui aime son emploi salarié? —   voilà   pas sûr que l’histoire naturelle des perroquets   soit mieux que celle de la saint barthélémy   pas que la vie soit bonne ou mauvaise c’est la vie   s’il y a de l’ennui j’en goûte sa vertu de lenteur consciencieuse   chaque chose définit l’intensité de son contraire   j’aime davantage la pluie que le soleil la nuit que le jour et des contraires je préfère l’immoral et le mauvais   contrairement à toi et je t’aime   parce qu’au lieu de dire string tu dis gœnstre   et le bleu de tes yeux gris comme mon ciel à l’aube   tu me reposes de mon égoïsme et mets à mal ma solitude au monde du shampoing à la pulpe de cédrat dans tes cheveux   que tu ne fais pas tous couper à la même longueur   fleur d’ambre et de pixels tu mets des paillettes rousses pour te maquiller au soleil   tu ris que je t’appelle ma principessa   parce que tu ne veux pas me croire que ce sont les princesses italiennes    tout en adorant ça   tu me fais penser à des mots bizarres qui n’ont aucun des sens que je leur donne   tu commences mes journées en me racontant tes nuits   tes rêves comme une façon de ne pas perdre le temps   tu me racontes l’histoire des vies de ta famille